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Mardi 11 juin 2002

Une sacrée claque !

La France est éliminée. La France termine dernière de son groupe. La France n'a pas gagné un seul match. La France n'a pas marqué un seul but. Le bilan est tout simplement catastrophique. Même dans ses pires cauchemars, on n'aurait jamais osé envisager pareil déroulement.

La France n'est plus au niveau. Il faut être réaliste. Si elle avait dû passer par les éliminatoires, comme ce sera désormais le cas pour l'équipe Championne du Monde, elle aurait sans doute eu beaucoup de mal à se qualifier pour cette édition. Cela fait plusieurs mois maintenant que les prestations médiocres s'accumulent, et le signal d'alarme n'a jamais été tiré.

Bien sûr, la France peut se prévaloir d'un record en scoumoune. Cinq poteaux en trois matchs, ça doit être un record en Coupe du Monde. Mais la chance ne peut pas être toujours de notre côté. La défense a montré des signes inquiétants de faiblesse et de fébrilité. Le premier but encaissé contre le Danemark a été révélateur. Sur une action posée, un centre anodin a trouvé un Danois complètement démarqué, qui a pu fusiller Barthez presque à bout portant. Le plus grave a été l'impression qu'il n'y avait pas trop de jeu collectif, pas de percussion. Les adversaires se contentaient d'attendre tranquillement dans leur camp et de jouer en contre. Et ça marche ! Le système de jeu de l'équipe de France est maintenant connu de tous, et si les joeurs Français ne sont pas au top de leur forme physique, ils ne peuvent plus faire la différence. Il aurait peut-être fallu faire des choix plus risqués, en titularisant par exemple Cissé, avec sa fraicheur dès le départ à la place d'un joueur émoussé comme Wiltord. On a le sentiment que Lemerre était trop rigide dans son système de jeu, et dans le choix des joueurs.

Ce qui serait regrettable, c'est que les responsables de l'équipe n'analysent pas la situation, et ne tirent pas les conséquences de cet échec cuisant. Il est peut-être temps de changer quelques têtes. On a l'impression que certains cadres de l'équipe sont intouchables, quelque soit leur état de forme. Les langues vont peut-être se délier, et le langage uniforme distillé aux medias va peut-êter éclater en morceaux. On va peut-être s'apercevoir que la belle unité qu'on présente au public n'est peut-être pas aussi réelle, et que des clans ou des inimitiés existent au sein du groupe France. La langue de bois, particulièrement de la part des commentateurs et des consultants de luxe était particulièrement irritante. Il était particulièrement étonnant de voir à la veille de chaque match de l'équipe de France, des pronostics pratiquement unanimes en faveur de l'équipe de France, avec des scores écrasants, de la part des journalistes. L'équipe de France est lourdement redescendue de son piédestal, mais je ne suis pas sûr que tout le monde en soit encore conscient. La France est redevenue une équipe ordinaire et doit de nouveau refaire ses preuves. On a l'impression qu'elle a abordé le tournoi dans la peau du Champion du Monde, alors qu'elle devait se présenter dans les plots de départ comme une équipe prétendante au trophée, comme beaucoup d'autres.

Le capitaine Desailly est sur la sellette. Je pense qu'il doit rendre son brassard de capitaine. Il a failli dans son rôle, qui consiste notamment à motiver et transcender ses partenaires et à pousser des coups de gueule et à tirer le signal d'alarme quand la situation l'exige. Ses propos devant la presse brillaient par la langue de bois pratiquée. On n'a pas pour le moment entendu beaucoup d'auto-critique. Desailly a évoqué l'avenir du sélectionneur, mais s'est bien gardé d'évoquer le sien, trop ambitieux de battre le record de sélections de Deschamps. Je ne l'ai jamais entendu se remettre en cause lui-même. C'est bien le symbole d'une équipe, sûre d'elle-même et qui n'a pas sû se remettre en question après les premiers accros.

Il est très étonnant de voir que l'élimination piteuse de la France n'a pas déclenché de réactions hystériques de dépit, comme on peut en voir parfois dans les pays de forte culture footballistique. Les gens ont été  déçus, mais finalement modérément par rapport au piteux résultat. Ce résultat a même ravi de nombreuses personnes en France, que la prédominance du foot dans les médias et dans la pub a exaspérées. Ce que l'on peut comprendre aisément. Je ne crois pas qu'on voit ces réactions dans des pays comme l'Italie, l'Angleterre ou l'Espagne. La France n'a pas encore atteint cette situation avec de tels excès du foot et c'est sans doute heureux. Il n'y a pas que le foot dans la vie.

Malgré tout, le Mondial continue. On pourra regarder la dernière phase plus relax. Allez le Sénégal !

C. Bach